Signets

Incursions chez des gens de parole

 

La culture citoyenne

« La culture est menacée. La culture québécoise est menacée. Il y a une sorte de guerre qui a été déclarée contre cette culture. (...) Quand je dis que la culture est menacée, ce n'est pas la culture comme une rubrique de journal -- c'est-à-dire que ce n'est pas juste les artistes, les travailleurs de la culture qui sont menacés (on est à Radio-Canada qui est menacée; solidarité à tous les artisans de Radio-Canada aujourd'hui!) --, c'est une menace contre la culture comme expression citoyenne, c'est la culture citoyenne qui est menacée parce que le pouvoir politique aujourd'hui au fédéral est contre tout ce que le Québec représente comme société progressiste. Et je suis persuadé que ce n'est pas en nous divisant, en allant chercher quelques petites concessions par ci et par là que nous allons protéger cet acquis extraordinaire du Québec collectif; c'est en créant un mouvement qui se défait de cet obscurantisme qui règne à Ottawa. Je voudrais terminer avec une phrase (que j'ai copiée à quelqu'un) qui est très pertinente : "La culture, dans le sens le plus large, est comme un parachute : quand on n'en a pas, on s'écrase." »

Patricio Henriquez, au Gala des Jutra. Récipiendaire du Prix du meilleur documentaire pour son plus récent film Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture

« Si j’étais toujours enseignant, je m’empresserais de coller ce texte sur la porte de mon local, pour qu’il serve sans cesse de rappel aux élèves:
    La culture est quelque chose de dynamique — vous en faites partie — vous disposez de moyens de communication extraordinaires — servez-vous-en! — communiquez avec les gens qui s’adressent à vous, à travers les médias, les livres ou autrement, quels qu’ils soient — interpellez votre entourage— posez-leur des questions — demandez qu’on vous explique — donnez votre opinion.
Je crois que c’est seulement de cette façon que les technologies du numérique — et que la culture, dans un environnement numérique — pourront devenir des outils de liberté et de solidarité; et non pas seulement de nouveaux vecteurs de la société de consommation. »

Clément Laberge

« [Important] questions are not only the key to great research, they are key to all sorts of doors that, in our world of imaginative poverty, would otherwise remain closed, unexamined. [...]

Great questions are opening, not narrowing. They smash dichotomies rather than funneling people into them. Great questions are an invitation to great conversation. Many great questions start with "What if...?" And, perhaps most important, great questions tap into things that people care about. Great questions + passion = a recipe for moving forward, energetically and enthusiastically. [...]

What's holding you back from doing what you want to do, intend to do, love doing? What important question could you ask yourself about that challenge that might change everything?

Want to save the world, and yourself? Start by asking the right, smart, creative, provocative, important questions. »

Dave Pollard

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Saint-Armand, un village numérique? On peut toujours rêver.

Dans la foulée d'une lettre ouverte au premier ministre proposant un plan numérique pour que le Québec devienne « une nation qui prendra sa place et se distinguera dans la nouvelle économie », je note ici quelques idées qui, si elles étaient soutenues politiquement et financièrement au niveau provincial, pourraient avoir des retombées locales et contribuer à faire de Saint-Armand un village numérique (espérant peut-être ainsi ranimer un vieux rêve...)


  • Le gouvernement québécois doit garantir l’accès à tous les Québécois à Internet haut débit partout dans la province. L’Internet haut débit constitue aujourd’hui, comme l’eau, le téléphone ou l’électricité, une commodité essentielle.
  • Des mesures doivent être développées pour assurer la protection de la liberté d'expression des citoyens. Un individu confiant participera activement aux débats politiques et à l’activité économique et contribuera ainsi à la santé de notre société.
  • L’introduction d’une formation, dès le plus jeune âge, répond à la nécessité de donner, à chaque enfant, des compétences qui sont devenues aujourd’hui indispensables pour réussir tant au niveau professionnel que social.
  • La numérisation accrue et la disponibilité en ligne des contenus académiques et leur libre accès sont des incontournables.
  • [Implanter] des outils additionnels d’information, de transaction et d’échange. La transparence doit être à l’ordre du jour et le gouvernement doit ainsi démontrer qu’il a confiance au fait que les citoyens sont d’importants contributeurs à notre système démocratique.
  • Il est important que le gouvernement provincial supporte et guide les gouvernements municipaux en matière de politiques numériques. En effet, ces derniers sont des acteurs importants du développement de l’économie numérique locale.
Patricia Tessier, Un plan numérique pour le Québec (wiki)

  • Encourager les entreprises et institutions publiques à partager gratuitement leur capacité Internet, à travers notamment des projets communautaires comme Ile sans fil, ZAP Québec ou ZAP Sherbrooke.
  • Faire confiance aux jeunes générations et à leur capacité à aider les vieux, plutôt que de chercher à les isoler pour les protéger.
  • Qu’on mise sur l’ouverture, la normalisation, le partage et le développement informatique ouvert. Surtout, qu’on vise la prise en charge interne des développements de projets numériques stratégiques, sachant qu’une vision impartie n’est plus une vision.
  • Qu’on donne l’exemple aux citoyens et aux entreprises, particulièrement dans l’efficacité et la convivialité des solutions interactives proposées!
Carl-Frédéric De Celles

Mise à jour
Ce que révèle un rapport publié à la suite d'une étude sur l'utilisation de technologies de l'information par les communes bretonnes montre bien que Saint-Armand n'est pas la seule municipalité à tirer de la patte en matière d'utilisation des technologies de l'information pour favoriser la démocratie locale.
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« (...) Son enseignement principal est de montrer qu’il existe une fracture numérique entre collectivités locales bretonnes, au détriment des communes rurales de moins de 2000 habitants. Une fracture liée à des éléments objectifs et irrémédiables (manque de moyens…), qui ne sont pas forcément insurmontables, mais surtout à un manque de compréhension des TIC par une partie des décideurs publics (personnels administratifs et élus) qui sont aux commandes de ces communes.

« Si l’étude montre que presque toutes les mairies bretonnes (98 %) ont une connexion permanente à haut débit, et que l’équipement a progressé (90% des communes ont équipé la totalité de leur personnel administratif d’ordinateur, 87% leur donnant aussi un accès à l’internet), reste que l’accès à cette connexion est inégalement réparti : tous les élus ou les employés ne sont pas connectés. Les usages ne sont pas non plus très homogènes. Si les services administratifs profitent le plus d’internet, ils communiquent peu entre eux par courrier électronique par exemple (2 mairies sur trois ne l’utilisent pas en interne). Ainsi, les documents préparatoires aux réunions restent peu diffusés par mail (la pratique n’a pas vraiment progressé depuis l’enquête de 2005). L’une des raisons avancée tient au fait que le personnel comme les élus ne sont pas assurés de la bonne réception d’un dossier, car maires, élus ou personnels lisent trop irrégulièrement leurs mails.

« Les maires utilisent-ils l'internet ? Forcément, la mise en commun de l’information est à peine ébauchée : seulement 9 % des mairies utilisent des agendas partagés, une mairie sur quatre dispose d’un espace de travail collaboratif ou d’un intranet pour y stocker des données. Là encore, Jocelyne Trémembert et son équipe soulignent l’existence d’un effet de taille des communes dans les usages : les communes de moins de 1000 habitants, les communes appartenant à une zone rurale, celles dont les revenus sont les plus faibles ont tendance, en moyenne, à avoir des usages faibles des nouvelles technologies. Les résultats de l’étude relatifs aux relations entre la mairie et ses autres partenaires montre l’existence d’usages parfois plus avancés. Mais dans l’ensemble, concluent les chercheurs, “beaucoup de maires n’ont pas acquis une perception des opportunités que leur offrent les TIC, dont le maniement n’est pourtant pas plus abstrait ou complexe qu’un règlement administratif spécifique, un schéma électrique ou de canalisation, ou encore un contentieux juridique délicat. Ce manque d’appétence vis-à-vis des TIC peut résulter d’une faible perception des avantages que procurent les TIC face aux coûts qu’elles représentent. Il est clair que dans les petites communes, la circulation informelle de l’information, qui implique peu de personnes, peut sembler suffisante.Ces élus ne perçoivent pas le handicap que peut représenter le faible usage des TIC, d’où le fait que les communes qui n’utilisent pas les TIC n’aient pas non plus le projet de s’y intéresser.

« En ce qui concerne les relations et les services aux citoyens, l’échange électronique n’est pas toujours perçu par les collectivités comme ayant la même valeur qu’un échange traditionnel (par écrit notamment). Si presque toutes les communes ont une adresse électronique, cela ne signifie pas “que les adresses soient actives” ou que les messages arrivent au bon destinataire. 40 % des communes bretonnes ont leur site web (contre 37 % en 2005 et 35 % en 2003), mais peu l’actualisent. Si depuis 2005, date de la précédente enquête, la nature des informations qu’on y trouve a évolué, c’est souvent sans politique éditoriale définie, avec de grandes variations d’un site à l’autre. Les informations pratiques et l’agenda sont les éléments que l’on trouve le plus couramment sur les sites municipaux bretons, loin devant l’accès au journal municipal téléchargeable. Selon les chercheurs, les raisons qui expliquent pourquoi certaines communes sont plus avancées en matière de web que d’autres reposent d’abord sur la taille de la commune, la présence de ressources humaines dédiées aux TIC et sur le fait que la commune soit une destination touristique.

« Dans la typologie des communes qu’ont mis en place les chercheurs - une typologie qui tient compte des usages internes ou externes qui sont faits des technologies de l’information -, on voit bien que l’implication des élus demeure le premier moteur, qu’ils donnent l’élan qui permet de combler la fracture numérique qui touche plus facilement les communes les plus rurales - laissant de côté, à ce jour, presque 50 % des communes bretonnes. »

Hubert Guillaud

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Unschooling ou l'école de la vraie vie

« [...] our education system attempts to impose order (in a very complicated way) on a complex system (a large number of young learners). Instead of allowing them to learn, it attempts to 'teach' them in a highly controlled and inflexible way. It also prescribes 'curricula' which attempt to tell people in what order, and using what tools, processes and media, they should 'learn'. The result is that learners are brainwashed to believe there is only one correct 'order' to learn things in, and that they need to be 'taught' in order to learn. As a result (from lack of self-confidence and lack of practice), they lose the innate capacity to learn, the ability to decide what to learn, and the ability to decide how best to learn things. The complicated system makes the situation much worse.

« A complex approach to education would provide only the minimal amount of structure to encourage the recapture of these lost capacities. Eventually every learner would decide what was important to learn, and self-direct the way and pace they learned it. More importantly, they would learn by being shown, by observing, by exploring, by enquiry, by discovering, and by doing/practicing, not by being told. That means the whole community would have to become partners in the learning experience. The benefit would be that the learner would acquire much deeper capacities much faster, and be more able and more willing to give back much more to the community from which she learned. This is the essence of 'unschooling' (as contrasted to 'home schooling', which often merely moves the same dysfunctional processes from the school environment to the home environment). [...] »

Dave Pollard

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« Il faut accepter de réfléchir les questions d'éducation autrement... »

C'est du Clément Laberge. Un éducateur invétéré. 'Apôtre visionnaire' de la cité éducative : un concept qu'il qualifie d'utopique -- mais que je crois plutôt avant-gardiste -- de l'école...

« [...] On en demande déjà beaucoup à l'école. On lui demande trop. On demande trop à ses acteurs. Trop de trop de choses. Trop de variété. On ne devrait confier à l'école que ce qu'il n'est pas possible pour la société de faire autrement. Seulement ce qui demande une telle concentration de ressources et de moyens qu'il n'est pas possible — encore — de permettre aux enfants d'apprendre autrement. C'est le sens historique de la création de l'école.

« [...] Dans une société de plus en plus riche — à tous égards — je pense qu'on devrait progressivement alléger le fardeau de l'école... et revenir à l'essentiel: exiger d'elle ce qui ne peut pas être fait autrement. Ce n'est malheureusement pas ce qu'on fait aujourd'hui. Même ce qu'on pourrait faire avantageusement hors de l'école on le demande à l'école. C'est trop facile. Et contre-productif.

« [...] Il faut accepter de réfléchir les questions d'éducation autrement. Il faut accepter de remettre en question le paradigme fondateur de l'école contemporaine: 100% des élèves à l'école, en présence d'un prof 100% du temps.

« La culture de l'accompagnement (...) ce ne devrait pas une exigence faite aux profs : c'est l'affaire de toute la société. Les enfants devraient être plus souvent bienvenus sur les lieux de travail. On devrait inventer de nouveaux espaces de rencontres entre professionnels et étudiants. On devrait faire plus souvent appel aux jeunes retraités et aux personnes âgées pour réaliser des activités éducatives au coeur de la ville. On devrait utiliser davantage les places publiques. On ne devrait plus construire un immeuble sans prévoir au rez-de-chaussé un espace éducatif pour être en mesure de témoigner de l'importance des activités qui s'y déroulent dans la vie de la communauté. On ne devrait plus accepter que les journaux soient publiés sans quelques pages où, chaque jour, des jeunes pourraient interpeller leurs aînés, proposer des projets, faire appel à de l'aide ou solliciter des conseils.

« [...] Comment est-il possible qu'en 2008, toutes les écoles n'aient pas déjà au moins une page web avec, en permanence, une liste de besoins et de souhaits continuellement mis à jour? Une page Web qui la relie aux autres écoles de leur secteur, à l'hôtel de ville, à des associations, aux familles, aux écoles d'autres villes — voire d'autres pays. Un système de pages Web (et de flux rss) qui permettrait de structurer les besoins, de façon dynamique; qui permettrait aux forces vives d'un milieu de s'engager aux côtés des profs; qui permettrait aux milieux de constater plus adéquatement qu'un palmarès les richesses et les forces les uns des autres — et à l'État de pallier aux iniquités, lorsque nécessaire.

« [...] On aura beau mettre tous nos espoirs et toutes nos ressources entre les quatre murs de l'école, si on ne place pas celle-ci au coeur d'un véritable écosystème communautaire nous serons cruellement déçus. L'école au centre de la société c'est anachronique: l'école au coeur de la vie communautaire — et de la vie des jeunes c'est mieux. (...)

« La cité éducative c'est ça. La cité ce n'est pas la ville. Ce n'est pas le pays. C'est l'environnement dans lequel on vit. C'est l'espace qu'on partage avec les autres. C'est le vivre ensemble. Et pour bien vivre ensemble, je suis convaincu qu'il n'y a rien comme apprendre ensemble. (...) Il faut réhabiliter la place publique comme lieu d'apprentissage. (...) L'école reste nécessaire, bien sûr — mais seulement quand on ne peut pas faire autrement. (...) Osons croire que l'école c'est là où on va pour apprendre seulement ce qu'il n'est pas possible d'apprendre mieux ailleurs... »

Clément Laberge

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