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Incursions chez des gens de parole

 

L'école québécoise : aujourd'hui comme hier...

Il se passe quelque chose de tragique dans l'école québécoise (tragique au sens littéraire de « propre à une situation conflictuelle, dramatique, douloureuse, dans laquelle une personne est prise comme dans un piège dont elle ne peut s'échapper » (TLF). Pour avoir moi-même vécu l'expérience de l'enseignement 'dans une autre vie' -- à l'époque où les décrets tenaient lieu de convention collective et où la critique était automatiquement associée à de la subversion --, croyez-moi, cette tragédie ne date pas d'hier! Mais je sens que quelque chose de profond est en train de changer : c'est qu'on en parle beaucoup plus ouvertement, à visière plus ou moins découverte certes, mais on en parle... Et on peut, semble-t-il enfin, se dire 'les vraies affaires' sans craindre les représailles!

« [...] il convient d’envisager toutes les solutions qui pourront contribuer à briser l’isolement dont souffre trop d’intervenants dans le monde scolaire. Raconter ce qui nous occupe, c’est bien, mais comme le dit Seth [Godin], il faut aussi apprendre à mieux s’interconnecter pour augmenter nos échanges et s’engager à fond dans les changements à faire. La troisième étape qui nous attend consistera en la création d’effets de levier qui permettront d’impliquer les gens de l’extérieur de notre domaine. J’aime bien ce résumé des principes de l’auteur de Tribes.

« Pour le moment, nous n’en sommes probablement qu’à l’étape de l’interconnexion entre les membres de la «masse critique» dont parlait Martin Bélanger. Il faut augmenter le nombre de ces personnes qui n’ont pas besoin d’avoir tout en commun, mais qui croient aux vertus de l’échange et du partage en plus de refuser le statu quo et la nostalgie de l’école où tout le monde doit apprendre les mêmes choses en même temps à la même vitesse. De fait, nous n’avons pas besoin d’être des milliers avant de pouvoir provoquer les changements escomptés pour se «guérir» de l’école d’hier qui créé trop souvent le décrochage d’aujourd’hui. Il nous faut seulement mieux s’organiser et se regrouper avec des réseaux constitués d’éducateurs qui utilisent les moyens modernes de communiquer. Les actions futures doivent-ils passer par les associations professionnelles, les syndicats, les représentants des divers acteurs de l’école (parents, cadres, etc.) ou les politiciens? Probablement… mais il faudra peut-être accepter de ne plus attendre après ces groupes dont l’inertie des uns explique peut-être l’inertie des autres.

Mario Asselin


« Tous les enseignants vous le diront : la réforme est morte. J’étais de ceux qui y croyaient et qui y croient encore, pourtant. Il me faut toutefois admettre que les bonzes de l’évaluation du MELS ont vaincu les “trippeux” de pédagogie.

Martin Bélanger

« Pour l’enseignant réflexif que je suis, la réforme scolaire, c’était le grand changement appréhendé. La réforme, ça demande des profs qui se mettent les “tripes” sur la table et qui sont prêts, au besoin, à faire table rase au nom de leurs grands idéaux pédagogiques. Ça requiert des profs sûrs d’eux, qui prennent des risques, qui sortent volontiers de leur zone de confort, qui acceptent de discuter de leurs certitudes, qui partent du principe que tout peut être remis en question. Ça prend des profs qui, au lieu de suivre un chemin asphalté et bien balisé, décident de créer le chemin au gré de leurs explorations.

« C’est précisément pour cela que la réforme a échoué : la masse critique de ceux qui sont prêts à “refaire le monde” de la pédagogie est trop petite. Elle s’est laissé noyer dans la majorité qui veut rester dans ce qui la réconforte : ses notes de 0 à 100%, ses tests d’évaluation de connaissances, ses moyennes de groupe, ses pondérations. Une p’tite dictée avec ça?

Martin Bélanger

« Nombreux sont les passionnés qui souhaitent la création d’une école adaptée à notre ère, notre réalité. Le réseautage et la collaboration permettront probablement sa création.
Alexandre Riopel, en commentaire au billet précédemment cité


« [...] j’ai observé depuis toujours que ceux qui réussissaient le plus à l’école primaire et secondaire étaient ceux qui avaient le plus intégré dans leurs attitudes et leur comportement cette valeur. Plus tu te conformes en classe, plus tu écoutes, plus tu suis les consignes, plus tu gardes les rangs, plus tu agis en conformité avec ce qu’on attend de toi… plus tu as de bonnes notes et mieux tu es perçu par "le système". Moins tu t’affirmes, moins tu déranges, moins souvent tu t’éloignes de la ligne droite tracée devant toi, mieux "tu performes" dans ce système.

« Pourtant, en dehors de l’école, sur le marché du travail, dans les arts ou les sports, en famille, "se conformer" en prenant le moins d’initiatives possible n’est absolument pas utile. En société, agir sans trop de discernement, "comme tout le monde", ça peut même te mettre en danger!

« On veut former des gens autonomes et responsables pour le collégial et l’université, sans leur montrer comment s’affirmer. D’ailleurs, quand ils osent s’avancer avec un point de vue divergent, ils en paient souvent le prix par le reproche ou l’exclusion.

« [...] j’en ai marre de ce système qui survalorise un comportement nuisible en société quand vient le temps de s’adapter. Trop de nos leaders sont de ceux qui ont refusé de rentrer dans les rangs… voire, ont décroché de ce système. Ne l’a-t-on pas remarqué?

Mario Asselin

« L'école est faite et menée par des gens qui n'en sont jamais sortis. On s'est organisé pour que ce soit comme ça. Nous y sommes entrés, enfants, et y sommes restés, toujours. Conformistes? Institutionnalisés, plutôt. Résister, c'est dans la nature profonde de l'école. C'est quasiment un mandat social: protéger l'institution. On est dans un univers, l'univers scolaire, où le meilleur c'est toujours avant qu'il est arrivé, c'est toujours hier que ça se passait. Chaque fois que tu parles de changer des choses, changer l'école, c'est comme si t'arrachais à la population des pans complets de ses archives personnelles: l'école telle qu'ils s'en souviennent. Le bon vieux temps. La grosse soupe originelle où on s'est tous construits et de laquelle on s'est extirpé pour aller peupler la terre. Un rite de passage. Y'en a qui fuient l'école publique, dans la mesure où ils en ont les moyens, parce qu'ils la trouvent trop perméables aux changements et aux modes. Ils préfèrent l'école privée qui fait l'apologie de ses traditions séculaires, de ses costumes, de son encadrement strict. Conformiste l'école? C'est à la limite du pléonasme. Comment pourrait-elle ne pas l'être, c'est ce à quoi on s'attend d'elle.
Marc Saint-Pierre, en commentaire au billet précédemment cité


(En réponse à la question : « Pourquoi une technologie qui offre une vraie dynamique devrait-elle avoir un coût inférieur ? »)

« Pour qu'il y ait apprentissage, il faut que l'élève soit actif dans la construction de son savoir. C'est pure illusion que de croire qu'un élève apprend en restant assis 50 minutes à écouter un prof (avec TBI ou non) déblatérer sa matière. Cette technique n'est utile que si on veut gaver les élèves de connaissances qu'ils régurgiteront quelques jours plus tard dans un examen. Il n'est pas nécessaire que chaque élève ait son ordinateur portable. Cependant, si cet élève a besoin d'utiliser un ordinateur, ce dernier doit être immédiatement accessible.

« Quelques exemples.
« Un élève écrit un texte. Alors, IL DOIT être en mesure d'ouvrir un ordinateur, d'utiliser un texteur (en mode local ou Internet), d'ouvrir son correcteur orthographique, d'ouvrir DES dictionnaires, d'accéder à l'Internet pour y faire des recherches sur des mots, des phrases, des idées, etc.
« On demande aux élèves de travailler en équipe sur un projet. Ces élèves DOIVENT avoir accès à des ordinateurs pour plusieurs étapes du projet :
- Remue-méninges avec un mind-mapping, par exemple.
- Structuration des idées et construction du plan (plusieurs logiciels sont d'une grande aide pour ce faire)
- Partage des idées (via un wiki par exemple ou un Google document)
- Écriture (wiki, texte partageable synchrone et asynchrone, outil de correction grammaticale, logiciel de graphisme, etc.)
... et j'en oublie.

« Le rôle du prof dans tout cela ? Laisser les élèves travailler !!! Les guider, leur faire prendre conscience de leurs avancées, de leurs difficultés, de leurs forces, de leurs défis. Auparavant, il était important que l'enseignant sache ce que l'élève apprend. Aujourd'hui, il est plus important que ce soit l'élève qui sache ce qu'il apprend et ce qu'il lui reste à apprendre !!!

Gilles Jobin


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Comment 'la crise' nous touche personnellement

Dans mon blogueviseur et ailleurs sur le Web, on parle peu de la très médiatisée crise économique actuelle. Comme si on voulait l'occulter. La conjurer. Ou simplement l'oublier. C'est pourtant, de mémoire d'homme de soixante-six ans, un événement dont l'importance et la signification risquent d'égaler l'attaque indicible des tours jumelles du World Trade Center, l'invasion sauvage de l'Irak par les Américains, la chute du mur de Berlin et celle de l'URSS... pour ne mentionner que ceux-là. Preuve : les gouvernements paniquent aujourd'hui comme ils l'ont fait au lendemain du 11 septembre 2001 en investissant massivement pour sécuriser le système; cette fois-ci cependant, l'argent public servira à sauver le système financier (dont dépend le système économique qui assure au politique sa stabilité). Mais nous, les contribuables qui n'avons d'autre choix que de payer les pots cassés par ceux à qui nous confions notre sort en toute confiance... En quoi cette crise nous touche-t-elle?

Le sujet a inspiré à Pierre Foglia une de ses chroniques les plus 'songées', La mort, encore. Extraits :
« Si les grands de ce monde, et les petits tout autant, avaient conscience de leur "finitude", s'ils avaient à l'esprit que tout cela va finir, si nous avions tous notre mort imprimée en relief dans notre cerveau, il me semble que, au lieu de s'engueuler pour savoir s'il y aura ou non une vie après, on se dépêcherait de s'organiser pour qu'il y en ait une avant.

« Me semble que tout serait différent si la mort comme issue certaine et scientifique à notre aventure était, en permanence, partie de notre vie. Morbide, vous croyez?

« Me semble au contraire que cela nous ferait le pied plus léger. Plus aventureux. Nous rendrait moins pressés de tout, sauf de plénitude. Moins portés sur la vitesse. Moins portés sur la possession et le pouvoir. Moins dépendants des systèmes. Plus légers, je dis bien. Au moment de prendre de grandes décisions ou d'entrer dans un débat l'écume aux lèvres, en pensant à la mort nous viendrait cette petite formule magique qui chasse la brume et déleste le cerveau de ses idées de plomb: what the fuck?

« [...] Cette crise est liée à notre incapacité de penser en dehors des systèmes. En dehors des formules consacrées comme «expansion durable», qui induit une idée hyper-convenue du progrès. Notre incapacité de penser en dehors de formules comme «une demande suffisante», qui induit l'obligation de la consumante consommation.

« Liée aussi à notre incapacité de penser en dehors de la seule certitude scientifique de notre vie: la mort.

« Je déconne? Disons que j'explore cette liberté, cette légèreté, cette envie de prendre des risques (what the fuck), cette envie d'inventer qu'aiguillonne la certitude de la mort. Cette envie de créer plutôt que de suivre le sillon qui mène de la crise de 1932 à celle des années 80 à celle d'aujourd'hui.

Dave Pollard s'est demandé quels changements (majeurs!) cette crise devrait avoir sur nos comportements individuels, selon les scénarios qui risquent de s'ensuivre :
What's next for the economy?
What Might Happen Next

What You Can Do Now

Deflation (continuous price drops) for manufactured and luxury goods/services, stocks and housing
  • Defer buying such goods
  • Learn to haggle (marchander) -- don't pay list
  • Don't be suckered by "sales" and "limited time offers"
  • Don't be suckered into getting back into the market(s) anytime soon
Inflation (sharp price increases) for staple goods (food, energy) and land; Agricultural crisis in 2009
  • Grow your own, using permaculture
  • Make meals from scratch
  • Invest in solar, wind, geothermal, insulation
  • Practice energy conservation
  • Prepare to spend more of your income on these items
Spike in personal, corporate and government bankruptcies;
Tight, expensive credit for most
  • Pay off debts and avoid new ones
  • Don't buy extended warranties
  • If you must buy, make sure it's durable
Wage deflation (annual pay cuts)
  • All of the above
  • Create your own sustainable Natural Enterprise
  • Invest in know-how (carpentry, home repair, sewing, cooking)
  • Create your own entertainment instead of buying it
  • Learn how to buy used, wisely
Spike in pension plan insolvencies
  • Don't depend on your pension
  • If it's a defined contribution plan, reconsider plans to retire
Health care crisis (increased demand + cuts in funding)
  • Get fit
  • Learn to self-diagnose and (within reason) self-treat
  • Eat healthy
  • Practice preventive medicine
Collapse of Chinese economy
  • Create local markets
  • Pledge to buy local
  • Make your own
Infrastructure failures
  • Learn not to rely on the grid, Internet, or phone system
  • Be prepared to bike or walk if public transport fails
  • Develop carpool networks
  • Figure out how you can work from home even if the utilities are offline
  • Don't live in the suburbs
  • Strengthen your local community networks
Education crisis (cuts in funding)
  • Learn to teach yourself, and unschool your kids
  • Collaborate with community in education programs
Gilles Beauchamp se questionne sur la lucidité dont font preuve nos dirigeants politiques avec leurs solutions à coups de milliards : Quelles infrastructures?
« J’ai peine à avaler ces solutions qui nous incitent à agir vite, maintenant, en jetant des milliers de milliards dans la machine… pour éviter qu’elle ne se bloque… remettant à plus tard les transformations structurelles qu’il faudrait faire ! Pourtant, n’est-ce pas maintenant, alors qu’on est prêt à injecter de telles sommes (qui auraient fait s’étouffer tous les capitalistes il y a quelques mois), qu’il faut en profiter pour amorcer les changements qui étaient, même avant la crise financière, devenus urgents : modes de transport, d’urbanisation, de consommation… Quelle folie ce serait que d’investir le principal de notre marge de manœuvre dans une structure de production désuète…

« Investir dans des infrastructures, oui, mais pas celles d’hier !! Investir dans le transport collectif, la densification urbaine, la formation, les infrastructures de communication et de production énergétique propres… pas dans le pavage des autoroutes et la construction de ponts qui sont des supports à l’étalement urbain et à des comportements dont nous devrions consciemment soutenir la rétraction. »

Dans un autre billet sur le même sujet, il précise :
« ...on ne se surprendra pas que les villes proposent des projets liés à leurs missions : parcs, voies publiques… Mais le développement de places en garderie, de services aux aînés, la formation de techniciens dans des domaines en manque crucial… ce n’est pas ce qu’on entend habituellement par des “infrastructures” mais c’en sont vraiment pour les sociétés d’aujourd’hui. »

« L'éducation bénéficiera-t-elle de la crise économique? » François Guité croit que malgré la réussite du système actuel (!), elle suscitera de nouveaux modèles pédagogiques et des pratiques plus efficientes :

« Il y a de fortes chances pour que cette crise économique précipite le changement en éducation. Et pas seulement aux États-Unis où elle s'annonce plus grave qu’ailleurs. En plus de leur résilience, les Américains ont l'avantage d'avoir un système d'éducation très décentralisé qui se prête bien à l'expérimentation.

« Du besoin et du laboratoire éducationnel ainsi créé naîtront de nouveaux modèles pédagogiques. Peu importe comment le Québec résistera à la crise économique, et malgré la réussite du présent système, elle n'aura d'autre choix que de s'inspirer des pratiques les plus efficientes. »


Pour tenter de comprendre un peu mieux 'le système' qui nous mène en 'va comme je te pousse'... quelques articles du Monde diplomatique :
  • Le jour où Wall Street est devenu socialiste :
    « Les autorités s’inquiètent non sans raison des précédents que crée chacune de leurs interventions et de ce que les banquiers privés pourraient se laisser confortablement aller à la faillite sachant qu’au dernier moment il « faudra » leur sauver la mise, comme on l’a déjà fait pour Bear Stearns et Fannie-Freddie. La morale s’offusque de ces facilités ; on resterait difficilement placide au spectacle de la finance arrogante et enrichie quand tout va bien, se réfugiant dans le giron de la puissance publique, qu’elle traite ordinairement d’aberration soviétoïde, pour quémander protections et exceptions. » (Frédéric Lordon)
  • Penser l'impensable :
    « Pendant trente ans, la moindre idée d’une altération quelconque des fondements de l’ordre libéral afin, par exemple, d’améliorer les conditions d’existence de la majorité de la population s’était pourtant heurtée au même type de réponse : tout ceci est bien archaïque; la mondialisation est notre loi ; les caisses sont vides ; les marchés n’accepteront pas ; savez-vous que le mur de Berlin est tombé ? Et pendant trente ans, la "réforme" s’est faite, mais dans l’autre sens. Celui d’une révolution conservatrice qui livra à la finance des tranches toujours plus épaisses et plus juteuses du bien commun, comme ces services publics privatisés et métamorphosés en machines à cash "créant de la valeur" pour l’actionnaire. Celui d’une libéralisation des échanges qui attaqua les salaires et la protection sociale, contraignant des dizaines de millions de personnes à s’endetter pour préserver leur pouvoir d’achat, à "investir" (en Bourse, dans des assurances) pour garantir leur éducation, parer à la maladie, préparer leur retraite. La déflation salariale et l’érosion des protections sociales ont donc enfanté puis conforté la démesure financière ; créer le risque a encouragé à se garantir contre lui. La bulle spéculative s’est très vite emparée du logement, qu’elle transforma en placement. Sans cesse, elle fut regonflée par l’hélium idéologique de la pensée de marché. Et les mentalités changèrent, plus individualistes, plus calculatrices, moins solidaires. Le krach de 2008 n’est donc pas d’abord technique, amendable par des palliatifs tels que la "moralisation" ou la fin des "abus". C’est tout un système qui est à terre. » (Serge Halimi)
  • Les disqualifiés :
    « A la télévision, à la radio, dans la presse écrite, qui pour commenter l’effondrement du capitalisme financier ? Les mêmes, bien sûr ! Tous, experts, éditorialistes, politiques, qui nous ont bassinés pendant deux décennies à chanter les louanges du système qui est en train de s’écrouler : ils sont là, fidèles au poste, et leur joyeuse farandole ne donne aucun signe d’essoufflement. Tout juste se partagent-ils entre ceux-ci qui, sans le moindre scrupule, ont retourné leur veste et ceux-là qui, un peu assommés par le choc, tentent néanmoins de poursuivre comme ils le peuvent leur route à défendre l’indéfendable au milieu des ruines. » (Frédéric Lordon)
  • La tourmente financière vue d'un paradis fiscal :
    « Mais, quand il s’agit des banques, la règle de l’OCDE ne s’applique plus... Après le renflouement de Citigroup et l’annonce par Washington, le 25 novembre, d’une nouvelle perfusion de 800 milliards de dollars, les sommes mobilisées par les seuls pouvoirs publics américains pour soutenir l’activité ou garantir des actifs avoisinent 8 500 milliards de dollars. Une fraction aboutira sur les comptes d’établissements domiciliés dans des paradis fiscaux. » (Olivier Cyran)

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Unschooling ou l'école de la vraie vie

« [...] our education system attempts to impose order (in a very complicated way) on a complex system (a large number of young learners). Instead of allowing them to learn, it attempts to 'teach' them in a highly controlled and inflexible way. It also prescribes 'curricula' which attempt to tell people in what order, and using what tools, processes and media, they should 'learn'. The result is that learners are brainwashed to believe there is only one correct 'order' to learn things in, and that they need to be 'taught' in order to learn. As a result (from lack of self-confidence and lack of practice), they lose the innate capacity to learn, the ability to decide what to learn, and the ability to decide how best to learn things. The complicated system makes the situation much worse.

« A complex approach to education would provide only the minimal amount of structure to encourage the recapture of these lost capacities. Eventually every learner would decide what was important to learn, and self-direct the way and pace they learned it. More importantly, they would learn by being shown, by observing, by exploring, by enquiry, by discovering, and by doing/practicing, not by being told. That means the whole community would have to become partners in the learning experience. The benefit would be that the learner would acquire much deeper capacities much faster, and be more able and more willing to give back much more to the community from which she learned. This is the essence of 'unschooling' (as contrasted to 'home schooling', which often merely moves the same dysfunctional processes from the school environment to the home environment). [...] »

Dave Pollard

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Des outils du pouvoir

« ... la compétition, la normalisation et l'injustice (...) sont les outils de ceux qui s'agrippent désespérement à leur pouvoir, sachant que la masse critique s'en vient les renverser. »

Stéphanie Demers

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URGENCE : « Enseigner non plus la compétition mais la coopération. »

Albert Jacquard et le développement durable :

« Je suis ici pour apporter ma réflexion sur ce concept de développement durable, justement, des mots qui ont fait fortune depuis quelques années. L’important, c’est de se rendre compte que cette fameuse croissance, dont on parle tant, est impossible, étant donné la finitude de la Terre. Il faut opposer les deux mots développement et croissance. Arriver à développer l’activité humaine sans augmenter la consommation des richesses de la Terre. »

Le développement durable a-t-il une dimension culturelle?
« Nous, les hommes, n’avons pas seulement besoin de nourriture, mais de bien plus, de tous les appétits culturels. Nous avons besoin de trouver des réponses à nos questions, de nous rendre compte de qui nous sommes dans le cosmos. Et la réponse, c’est que nous sommes la seule espèce qui soit capable de conscience, de penser à demain ; la seule qui, finalement, participe à sa propre construction.»

En cette période de crise financière mondiale, pensez-vous toujours que l’enjeu majeur du XXIe siècle est l’éducation, plus que la finance ?
« La finance, ça ne représente rien, personne ne comprend. Pourquoi on est riche, pourquoi on est pauvre... Avec des billets, ça ne signifie rien. C’est le phénomène des assignats pendant la Révolution. Ce qui compte, ce sont les richesses que l’on produit, celles que la nature nous donne, et surtout, les richesses sans limites que nous nous donnons à nous-mêmes, avec des projets de poésie, de beauté, de plaisir, de compréhension du monde... Et dans cette compréhension, il y a la science. »

Pensez-vous que la société consumériste dans laquelle nous vivons est prête à entendre ce discours ?
« Je crois qu’elle n’est pas du tout prête à l’entendre, mais il faut la forcer à le faire. Parce que, finalement, quand on y réfléchit, ce n’est pas durable ce que l’on fait actuellement. Détruire les réserves de pétrole, détruire la planète en stockant nos déchets n’importe où... Tout cela n’est pas sérieux. Il est temps de repenser complètement nos rapports avec la planète et, simultanément, nos rapports les uns avec les autres. »

Comment y arriver ?
« Avec l’école. La première mesure à prendre, c’est d’enseigner aux enfants non plus la compétition mais la coopération. Ce n’est pas très original de dire cela, mais c’est la seule solution. »

Propos recueillis par Gwendal Hameury
Le Télégramme.com

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« If we stop caring, we are lost. »

« My experience suggests that some of the greatest challenges to doing 'good' work are knowledge and learning related:
  • Most people are ignorant of how the world really works.
  • We live in a world of great imaginative poverty, with a dearth of practical ideas about how to make work, and our world, better.
  • Our conversational skills are abysmal.
  • While we learn mostly from conversation, from being shown, and thenceforth from practice (all collaborative processes), our learning institutions, programs and systems deprive us of all three, and instead force us to try to learn from reading, listening, and being told (all individual processes), after which we are expected to be 'expert' without any real practice.
  • This individualized approach to knowledge leads us to depend on 'experts', 'executives', 'managers' and 'consultants' and build systems that are hierarchical and support a cult of leadership, instead of drawing on collective knowledge, collaboration and community and building systems that are egalitarian and cooperative.
  • We are propagandized to be competitive and to lack empathy for others, which deprives us of the will and opportunity to work and learn collaboratively and to share knowledge with others.
« One could speculate on the reasons for the emergence of such dysfunctional learning systems. My thesis is that they have been created to keep the majority, in our horribly overcrowded world of growing scarcity, from challenging the power and wealth of those at the top of the hierarchy, i.e. to create obedience and learned helplessness, stifle imagination of better ways to live, and ensure ignorance of dangerous (to the elite) knowledge.

« How might the application of connectivism help us deal with these challenges? It seems to me there are five possibilities:
  1. Refocusing Social Tools: Just as Knowledge Management is now shifting focus and attention from collection to connection, social media need to turn their attention to enabling more, more effective, more informed, more valuable conversations. They need to help us identify 'the right people' (to live with, make a living with, love, and talk to) and then connect with them in real time in simple yet powerful ways that mimic, as much as possible, face-to-face conversations. They also need to help us make these conversations and meetings and social interactions more effective -- bring more clarity and context, reach consensus, enable stories to be told and remembered, capture non-verbal communication, and pick up from where we left off at the end of the last conversation -- keeping us connected, all the time, everywhere.

  2. Showing Us How the World Really Works: Take learning out of the classroom and into the real world. Visit real workplaces and communities with real needs, and interact with people with different perspectives. Base learning on conversations, not lectures. Let us witness what is happening -- show us instead of telling us. Trust us to draw our own conclusions -- we don't need written examinations to try to assess what we've learned. Let the learning be collective, the result of us experiencing together, instead of studying individually a world away from the subject we are studying.

  3. Emphasizing Practice Over Mastery: In complex systems, the very idea that one can achieve expertise, mastery, is arrogant and dangerous (just look at what the 'experts' have wrought in the US financial markets). The pursuit of excellence is a lifelong and humble apprenticeship towards getting ever better. We need to enable and encourage practice of the capacities listed on the mindmap above, and other, more specialized capacities that fall within areas where we have a Gift or a Passion. We all need to practice imagining, and conversing, and critical thinking, and story-telling, and collaboration. We need to find ways to become much better at these core competencies of living in the 21st century.

  4. Rebuilding Learning Institutions Bottom-Up and Community-Based: Our learning institutions are not responsible to the needs of our communities, largely because they are too far removed from those communities, and to some extent because our communities are so fragmented and confused (and lied to) that they no longer know what they need their members to know. The reconstruction of the educational system therefore needs to be a partnership in which those whose work it is to teach can help those in the community understand what is needed and what is possible, and in which the members of the community can then empower the 'teachers' to provide for those local needs and to realize what is possible. Thence the whole community becomes the place of continuous learning for all its members.

  5. Creating a Society of Caring: Perhaps more than anything else we need to smash the systems that encourage and tolerate indifference, cruelty, selfishness, fear, greed, anomie, cynicism and uncaring. Our political systems, our educational systems, our economic systems, the corporatist workplace systems, and the mainstream media (both information and entertainment) bombard us with messages that the world is harsh, that only the strong (should) survive, that we must compete or fall behind, grow or die, take or be taken, and that since nothing can be done by us as individuals there is no point is even learning how terrible the world us. This is dangerous propaganda, driving us to defensiveness, distrust, hopelessness, fear and anger, and wearing away our natural inclination to care for others and to want to do whatever we can for the good of the community, the planet, the whole. We must fight it by showing what is possible and by confronting the propagandists and telling the world the enormous harm their dishonest, violent, manipulative messages convey. If we stop caring, we are lost. »
Dave Pollard

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« Il faut accepter de réfléchir les questions d'éducation autrement... »

C'est du Clément Laberge. Un éducateur invétéré. 'Apôtre visionnaire' de la cité éducative : un concept qu'il qualifie d'utopique -- mais que je crois plutôt avant-gardiste -- de l'école...

« [...] On en demande déjà beaucoup à l'école. On lui demande trop. On demande trop à ses acteurs. Trop de trop de choses. Trop de variété. On ne devrait confier à l'école que ce qu'il n'est pas possible pour la société de faire autrement. Seulement ce qui demande une telle concentration de ressources et de moyens qu'il n'est pas possible — encore — de permettre aux enfants d'apprendre autrement. C'est le sens historique de la création de l'école.

« [...] Dans une société de plus en plus riche — à tous égards — je pense qu'on devrait progressivement alléger le fardeau de l'école... et revenir à l'essentiel: exiger d'elle ce qui ne peut pas être fait autrement. Ce n'est malheureusement pas ce qu'on fait aujourd'hui. Même ce qu'on pourrait faire avantageusement hors de l'école on le demande à l'école. C'est trop facile. Et contre-productif.

« [...] Il faut accepter de réfléchir les questions d'éducation autrement. Il faut accepter de remettre en question le paradigme fondateur de l'école contemporaine: 100% des élèves à l'école, en présence d'un prof 100% du temps.

« La culture de l'accompagnement (...) ce ne devrait pas une exigence faite aux profs : c'est l'affaire de toute la société. Les enfants devraient être plus souvent bienvenus sur les lieux de travail. On devrait inventer de nouveaux espaces de rencontres entre professionnels et étudiants. On devrait faire plus souvent appel aux jeunes retraités et aux personnes âgées pour réaliser des activités éducatives au coeur de la ville. On devrait utiliser davantage les places publiques. On ne devrait plus construire un immeuble sans prévoir au rez-de-chaussé un espace éducatif pour être en mesure de témoigner de l'importance des activités qui s'y déroulent dans la vie de la communauté. On ne devrait plus accepter que les journaux soient publiés sans quelques pages où, chaque jour, des jeunes pourraient interpeller leurs aînés, proposer des projets, faire appel à de l'aide ou solliciter des conseils.

« [...] Comment est-il possible qu'en 2008, toutes les écoles n'aient pas déjà au moins une page web avec, en permanence, une liste de besoins et de souhaits continuellement mis à jour? Une page Web qui la relie aux autres écoles de leur secteur, à l'hôtel de ville, à des associations, aux familles, aux écoles d'autres villes — voire d'autres pays. Un système de pages Web (et de flux rss) qui permettrait de structurer les besoins, de façon dynamique; qui permettrait aux forces vives d'un milieu de s'engager aux côtés des profs; qui permettrait aux milieux de constater plus adéquatement qu'un palmarès les richesses et les forces les uns des autres — et à l'État de pallier aux iniquités, lorsque nécessaire.

« [...] On aura beau mettre tous nos espoirs et toutes nos ressources entre les quatre murs de l'école, si on ne place pas celle-ci au coeur d'un véritable écosystème communautaire nous serons cruellement déçus. L'école au centre de la société c'est anachronique: l'école au coeur de la vie communautaire — et de la vie des jeunes c'est mieux. (...)

« La cité éducative c'est ça. La cité ce n'est pas la ville. Ce n'est pas le pays. C'est l'environnement dans lequel on vit. C'est l'espace qu'on partage avec les autres. C'est le vivre ensemble. Et pour bien vivre ensemble, je suis convaincu qu'il n'y a rien comme apprendre ensemble. (...) Il faut réhabiliter la place publique comme lieu d'apprentissage. (...) L'école reste nécessaire, bien sûr — mais seulement quand on ne peut pas faire autrement. (...) Osons croire que l'école c'est là où on va pour apprendre seulement ce qu'il n'est pas possible d'apprendre mieux ailleurs... »

Clément Laberge

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