Avoir le courage d'être différent
La comparaison est sans doute poussée, mais d'une certaine façon, ces gangs ne font que caricaturer la société dans laquelle ils vivent : nous aimons tellement le conformisme, la popularité à tout prix, le fait de suivre les modes, que nous encourageons très peu l'indépendance d'esprit. La confiance en soi et le courage d'être différent sont pourtant nécessaires pour échapper à la pression des pairs. Et si nous, adultes, ne valorisons pas ce courage, comment les enfants y arriveront-ils ?
On associe généralement l'intimidation, ainsi que le bullying et autres comportements de cour d'école, aux enfants et aux ados. Mais parfois, je me demande si l'intimidation n'est pas aussi présente dans nos vies d'adultes. Notre façon de glorifier la richesse, la jeunesse, le pouvoir et la force physique a pour corollaire de rejeter ceux qui ne se conforment pas à ces valeurs et que nous voyons comme des losers. J'utilise ce mot à dessein, un mot qui me déplaît souverainement mais qu'on entend souvent pour catégoriser ceux qui choisissent d'autres chemins que la voie tracée, ceux qui n'ont pas pour objectif dans leur vie de gagner 100 000 $ par année ou d'écraser leur prochain. Du côté des femmes (je dois certainement être la millionième à l'écrire, mais allons-y), nous cédons également au pouvoir de l'image et dépensons des fortunes pour rester belles le plus longtemps possible. Quand une jeune fille veut plaire, n'est-elle pas prête à tout, elle aussi ? Bref, cette culture est la même qui se reproduit dans tous les milieux : pourquoi donc les gangs y échapperaient-ils ? Ils obéissent aux mêmes règles, mais sur le mode de la violence et de la criminalité.
Et pour ajouter au problème, un groupe, bien protégé celui-là, impose ses règles, sans jamais avoir à rendre de comptes. En effet, de toutes les études qu'on lit sur le thème de la prostitution, celles sur les clients sont les plus rares. Incroyable de voir à quel point ceux-ci sont épargnés : est-ce le privilège des puissants ? On se démène pour démonter les gangs, stopper le trafic de drogue, juger les criminels, mais eux, motus. La classe des clients, même s'ils se retrouvent dans toutes les couches de la société, échappe aux mailles du filet. Quelle aubaine... !
Qui doit-on blâmer dans tout cela ? Difficile à dire. Mais une chose est sûre : pour que la prostitution juvénile et l'exploitation de l'enfance cessent, il faudra que les hommes (profs, pères, jeunes, vieux) soient aussi présents que les femmes dans les débats entourant la prostitution et les rapports entre les sexes. On doit être reconnaissant aux féministes de toutes allégeances d'avoir beaucoup débattu du problème de la prostitution et de l'exploitation des femmes. Mais ces débats ne peuvent plus se dérouler entre femmes seulement.
Le courage d'être différent, par Pascale Navarro, dans ledevoir.com, édition du vendredi 1er septembre 2006
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